Le cortisol est probablement l’une des hormones les plus mal comprises. Sur les réseaux sociaux, il est souvent présenté comme le responsable de tous les maux : prise de poids, fatigue, vieillissement, difficultés à tomber enceinte ou encore baisse des performances. À écouter certains discours, il faudrait absolument faire baisser son cortisol pour être en meilleure santé.
Pourtant, la science raconte une histoire très différente. Le cortisol n’est pas une mauvaise hormone. Il est même indispensable à la vie. Sans lui, notre organisme serait incapable de produire l’énergie nécessaire pour faire face aux contraintes du quotidien, de contrôler certaines réactions inflammatoires ou simplement de se réveiller le matin.
Le véritable problème n’est donc pas le cortisol lui-même. Le véritable problème apparaît lorsque notre organisme reste durablement dans un état d’alerte, sans jamais retrouver son équilibre.
Comprendre cette différence permet également de mieux comprendre pourquoi l’activité physique, bien qu’elle augmente temporairement le cortisol, est considérée comme l’un des meilleurs moyens d’améliorer notre santé.
Le cortisol n’est pas l’hormone du stress
Le cortisol est souvent surnommé « l’hormone du stress ». Cette expression est pratique, mais elle est incomplète. Le cortisol est avant tout une hormone d’adaptation.
Chaque fois que notre organisme doit répondre à une contrainte, il produit du cortisol afin de mobiliser les ressources nécessaires. Cette contrainte peut être très différente :
- courir pour attraper un train ;
- porter une charge lourde ;
- passer un entretien d’embauche ;
- lutter contre une infection ;
- effectuer une séance de sport intense ;
- rester concentré pendant un examen.
Le cortisol ne distingue pas l’origine du stress. Il prépare simplement l’organisme à faire face à la situation. Sans cette capacité d’adaptation, nous serions incapables de réagir efficacement aux sollicitations de notre environnement.
Une hormone essentielle à notre santé
Le cortisol intervient dans de nombreuses fonctions indispensables. Il permet notamment de :
- maintenir une glycémie stable entre les repas ;
- fournir rapidement de l’énergie lorsque les besoins augmentent ;
- participer à la régulation de la pression artérielle ;
- accompagner le fonctionnement normal du système immunitaire ;
- contrôler certaines réactions inflammatoires.
C’est d’ailleurs cette dernière propriété qui est utilisée en médecine depuis plusieurs décennies. Les corticoïdes, prescrits pour traiter certaines allergies, maladies inflammatoires ou maladies auto-immunes, sont directement dérivés du cortisol. Ils reproduisent son action afin de limiter une réaction inflammatoire devenue excessive.
Le cortisol participe aussi au fonctionnement normal de notre horloge biologique. Son taux est naturellement élevé au réveil afin de préparer l’organisme à la journée, puis diminue progressivement jusqu’au soir pour favoriser le repos.
Enfin, cette hormone est tout simplement indispensable à la survie. Les personnes atteintes d’une insuffisance surrénalienne, comme dans la maladie d’Addison, doivent recevoir un traitement substitutif à vie afin de remplacer le cortisol que leur organisme ne produit plus. Le cortisol n’est donc pas une hormone qu’il faudrait supprimer. C’est une hormone que notre organisme régule en permanence pour nous permettre de fonctionner normalement.
Pourquoi produisons-nous du cortisol ?
Chaque fois que notre organisme perçoit une contrainte, il cherche à s’adapter. Pour cela, plusieurs systèmes biologiques sont activés simultanément :
- le cœur accélère ;
- la respiration devient plus efficace ;
- le cerveau augmente son niveau de vigilance ;
- les réserves énergétiques sont mobilisées.
Le cortisol participe à cette réponse globale. Son rôle est simple : rendre immédiatement disponible l’énergie dont le corps aura besoin pour répondre à la situation.
Une fois cette contrainte terminée, l’organisme revient progressivement à son état d’équilibre. C’est ce cycle qui est parfaitement normal.
Contrainte → Adaptation → Retour à l’équilibre.
Toute notre physiologie fonctionne ainsi.
Le véritable problème : lorsque le retour à l’équilibre ne se fait plus
Pendant des centaines de milliers d’années, les situations de stress étaient généralement courtes. Après un effort physique ou un danger, l’organisme retrouvait rapidement un état de repos.
Aujourd’hui, les contraintes auxquelles nous sommes confrontés sont souvent plus diffuses et surtout beaucoup plus durables. Elles peuvent être d’ordre professionnel, personnel, familial, financier ou émotionnel, mais aussi résulter d’une multitude d’autres situations du quotidien.
Il peut durer toute la journée, parfois plusieurs semaines ou plusieurs mois. L’organisme continue alors à mobiliser les mêmes mécanismes biologiques qu’en cas de danger immédiat, mais sans bénéficier de la phase de récupération qui devrait naturellement suivre.
Le professeur Bruce McEwen, pionnier de la recherche sur le stress, a décrit ce phénomène sous le nom de charge allostatique. Ce n’est pas une élévation ponctuelle du cortisol qui devient problématique, mais l’accumulation permanente des contraintes lorsque l’organisme ne parvient plus à retrouver son équilibre.
Autrement dit, le cortisol n’est pas responsable à lui seul des effets observés. C’est l’installation durable d’un état de stress qui finit par perturber de nombreuses fonctions physiologiques.
Pourquoi le sport est exactement l’inverse du stress chronique
À première vue, cela semble paradoxal. Une séance de sport augmente elle aussi le cortisol. Pourtant, les personnes physiquement actives présentent généralement une meilleure capacité à gérer le stress que les personnes sédentaires.
Pourquoi ? Parce que l’entraînement respecte précisément le fonctionnement naturel de notre organisme. Pendant une séance, le corps est volontairement exposé à une contrainte :
- le rythme cardiaque augmente ;
- les muscles travaillent ;
- les besoins énergétiques explosent ;
- le cortisol est libéré pour accompagner cette adaptation.
Puis la séance s’arrête. Le corps récupère. Les paramètres physiologiques reviennent progressivement à la normale. À chaque répétition, l’organisme devient un peu plus efficace pour répondre à une nouvelle contrainte puis retrouver rapidement son équilibre.
Les physiologistes parlent d’hormèse : une exposition temporaire et contrôlée à un stress stimule les mécanismes d’adaptation et renforce la résistance de l’organisme.
L’objectif de l’entraînement n’est donc pas d’éviter le cortisol. Il est d’entraîner notre capacité à l’utiliser efficacement avant de revenir naturellement à un état de repos. C’est précisément cette alternance entre sollicitation et récupération qui permet au corps de devenir plus fort, plus performant et plus résilient.
Ce qu’il faut retenir
Le cortisol mérite sans doute d’être réhabilité. Loin d’être une hormone à combattre, il est l’un des principaux outils dont dispose notre organisme pour s’adapter aux contraintes de la vie. Sans lui, il serait impossible :
- de produire rapidement de l’énergie ;
- de contrôler certaines réactions inflammatoires ;
- de maintenir notre vigilance ;
- de réaliser un effort physique.
Le véritable enjeu n’est donc pas d’éviter le cortisol, mais de préserver la capacité de notre organisme à alterner des périodes de sollicitation et des périodes de récupération. C’est précisément ce que permet l’activité physique.
À chaque entraînement, notre corps apprend à mieux répondre à une contrainte, puis à retrouver plus efficacement son équilibre.
Au fond, le sport ne nous apprend pas à produire moins de cortisol. Il apprend à notre organisme à devenir plus résilient face au stress.
Le cortisol est-il responsable de…
…la prise de poids ?
Le cortisol est probablement l’hormone la plus souvent accusée de faire grossir. Cette réputation vient du fait que de nombreuses personnes constatent une prise de poids pendant des périodes de stress intense.
Pourtant, la prise de poids résulte d’un ensemble de mécanismes beaucoup plus complexes. Le stress peut modifier l’appétit, les habitudes alimentaires, le sommeil ou encore le niveau d’activité physique, autant de facteurs qui influencent directement le poids. Le cortisol accompagne cette réponse de l’organisme, mais il ne peut pas être considéré comme le responsable unique de ces changements.
…la difficulté à perdre du poids ?
L’idée selon laquelle le cortisol « bloque » la perte de poids est largement relayée sur les réseaux sociaux, mais elle ne reflète pas l’état actuel des connaissances scientifiques.
Perdre de la masse grasse dépend avant tout d’un équilibre énergétique maintenu dans le temps. Lorsque le stress s’installe durablement, cet équilibre devient souvent plus difficile à atteindre : fatigue, récupération moins efficace, envies alimentaires plus fréquentes ou baisse de motivation compliquent naturellement cette démarche. Ce sont ces conséquences du stress chronique qui expliquent la difficulté, bien davantage que le cortisol lui-même.
…la graisse abdominale ?
Cette croyance repose sur des observations réelles, mais souvent mal interprétées.
Certaines études ont effectivement mis en évidence une association entre un stress chronique et une augmentation de la graisse viscérale. En revanche, rien ne permet d’affirmer que le cortisol « dirige » directement les graisses vers l’abdomen. Les chercheurs considèrent aujourd’hui qu’il s’agit d’un phénomène multifactoriel impliquant le métabolisme, le sommeil, l’alimentation, l’activité physique et d’autres mécanismes hormonaux.
…les difficultés à tomber enceinte ?
Contrairement à une idée largement répandue, aucune donnée scientifique ne montre que le cortisol soit responsable, à lui seul, d’une infertilité.
En revanche, un stress chronique important peut perturber le fonctionnement normal de l’axe hormonal qui régule le cycle menstruel et l’ovulation chez certaines femmes. Lorsque des difficultés apparaissent, elles sont donc davantage liées à l’impact global du stress sur l’organisme qu’à l’action d’une hormone isolée.
…l’anxiété ou le stress ?
Le cortisol souffre ici d’un malentendu : il est souvent confondu avec le stress lui-même.
En réalité, il est libéré parce que le cerveau a déjà identifié une situation comme exigeante. Son rôle est alors d’aider l’organisme à mobiliser l’énergie nécessaire pour s’adapter. Le cortisol n’est donc pas l’origine du stress ; il est l’un des outils utilisés par notre corps pour y faire face.
Références scientifiques
- Kraemer WJ, Ratamess NA. Hormonal Responses and Adaptations to Resistance Exercise and Training. Sports Medicine. 2005.
- McEwen BS. Protective and Damaging Effects of Stress Mediators. New England Journal of Medicine. 1998.
- McEwen BS, Wingfield JC. What Is in a Name? Integrating Homeostasis, Allostasis and Stress. Hormones and Behavior. 2010.
- Mattson MP. Hormesis Defined. Ageing Research Reviews. 2008.
- Hill EE et al. Exercise and Circulating Cortisol Levels: The Intensity Threshold Effect. Journal of Endocrinological Investigation. 2008.
- American College of Sports Medicine. ACSM’s Guidelines for Exercise Testing and Prescription, 11th edition.


